NPNT#3 – La cigale et les fourmis

Résumé de l’épisode précédent : dans l’immensité du Kakadu, nos deux agents ont réussi à sortir l’aiguille de la botte de foin. Ils ont localisé la planque des sœurs de Super Croc qui se trouve dans le parc de Nitmiluk. Il s’agirait de la cascade d’Edith.


Nitmiluk est comme qui dirait un parc sauvage ; impossible d’avancer plus loin avec notre vieille mécanique roulante. On se gare à l’écart de la foule pour préparer notre équipement de bushwalkers et les victuailles qui nous restent. Ça devrait nous tenir au moins quelques jours.

Faute de renseignements pour dégoter la cascade d’Edith, on s’est mis d’accord sur notre plan d’action : on suit à la trace la rivière Katherine dans les gorges du parc et on finira bien par la trouver. C’est pas aux vieux de la vieille qu’on va apprendre à dégoter du croc’ !

A peine commencé, on pige vite qu’on est livré à nous-même ici : pas de réseau, pas de sentier, rien. Pas étonnant que P., le dernier agent envoyé dans la zone ne soit jamais revenu… Dans ce bush dense comme une barbe d’aborigène, nos seuls repères sont les rares écailles de crocodile collées ça et là. Sans doute un chemin de contrebande. La nuit, on suit les échos des chauves-souris. Des bêbêtes intelligentes comme on n’en fait plus, toujours dévouées aux causes de l’agence.

Les obstacles sont légions : crevasses, ravins, crottes de wallabies. Nombreux sont les rochers qui parsèment notre chemin, mais il en faut plus pour nous déstabiliser. Crapahutage et abnégation sont de mise. Un pas de côté et c’est la chute assurée dans la rivière.

Et si par miracle on y survit, ses habitants aux longues dents s’occuperont de terminer le boulot. D’ailleurs l’accès à l’eau nous a été déconseillé. « Le recensement des crocodiles n’est pas terminé » d’après la version officielle…Mais on n’est pas dupe : on s’est fourré dans un vrai repère de crocos ! C’est toujours aux mêmes que l’agence refile le sale boulot.

Après trois jours de marche à zyeuter le moindre mouvement d’eucalyptus, nos nerfs sont à vifs. Combien de temps va-t-on encore continuer à marcher dans ce piège à rat ? Les écailles ne mènent nulle part ; aucune cascade en vue. A l’ombre des rochers, on tergiverse sur la suite des événements. Peut-être qu’il faudrait mieux rentrer au bercail. Ce n’est pourtant pas dans l’ADN de l’agence de laisser tomber aussi vite.

Un paquet de noodles plus tard, on reprend du poil de la bête. Guêtres retroussées, on examine les moindres coins et recoin du paysage qui nous entoure. Et là, sans crier gare, derrière quelques touffes d’herbes locales, en se mettant à genoux et en pliant le cou à 90°, un bout de dessin sur roche apparait. Il n’est pas bien gros mais nos rudiments nous permettent d’en tirer l’essentiel. Pour trouver Edith, il faut suivre le chant des cigales – les « nit-mi-luk-nit-mi-luk » qu’on entend partout. On faisait fausse route depuis le début… Damned.

De retour au campement, enrichis de nos dernières informations dégotées à la force de nos cuisses, notre euphorie retombe sec. Les saligauds ! Ils ont profité de notre petite excursion pour nous crever un pneu. Clairement, le temps des gentlemen où les conflits se réglaient à l’épée est révolu… Et ce n’est pas l’agence qui va nous aider : leurs techniciens sont tous indisponibles.

Une fois ce sabotage écarté, la mission peut reprendre. On règle le cigalophone – le dernier gadget à la mode chez les agents – sur la puissance maximale ce qui nous conduit directement à travers les collines, au pied d’un monstre d’eau : la cascade d’Edith ! On prend d’abord quelques clichés de la zone qu’on envoi au labo pour analyses.

Parce que pour l’instant, on ne voit aucune trace des sœurs crocodiles. Il est fort possible que quelqu’un les ait prévenues de notre arrivée. Pas le choix, il faut se jeter à l’eau. Et ronger notre maigre os jusqu’à la moelle.

Cinq heures plus tard, les eaux profondes et le manque de matériel adapté nous contraignent à admettre ce que nous redoutions tant : nous sommes dans une foutue impasse. Tous les efforts déployés depuis le début de la mission n’ont mené à que dalle…

Dans notre wagon, ça débriefe dur. Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir pipoter à l’agence ? Si elle apprend qu’on n’a pas l’ombre du début d’un indice on va se faire virer. My goodness, ce serait du jamais vu. Va falloir trouver une nouvelle piste.

Enfin, on n’est pas aux pièces non plus. Nos cellules grises ont besoins d’un peu de repos. Il se trouve qu’on nous a parlé de sources chaudes du côté de Mataranka. Rien de mieux qu’un jacuzzi pour nous remettre les idées en place.  On mettra tout ça sur la note de frais.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. airoz53 dit :

    C’est bien; t’as appris à changer une roue!!!

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