Dare-Win

L’Australie fait instinctivement penser à la barrière de corail, à Sydney et son célèbre opéra et aux road-trips sur la côte est, avec planche de surf attachée sur le toit de la voiture. La petite ville de Darwin, perdue tout au nord du pays, reste sagement dans l’ombre de ces lieux touristiques. Et ce n’est pas sa réputation sur les forums qui changera la donne : «  « Darwin, une ville complètement morte, y’a rien à faire », « c’est rempli de backpackers qui attendent juste de partir vers Bali pour pas cher»… Pourtant, grâce à sa proximité avec plusieurs parcs nationaux et à son aéroport international, c’est bien par Darwin que l’on a décidé de commencer notre voyage en Australie. Et un mois plus tard, à l’heure d’entamer notre descente dans le sud, on ne regrette pas notre choix.

La capitale du Northern Territory se situe entre l’équateur et le tropique du capricorne, ce qui signifie saison humide avec mousson en été (octobre à mars) et saison sèche avec des températures au-dessus de 25°C en hiver (avril à septembre). Tout comme les pays nordiques qui ont développé un art de vivre particuliers pour résister à  l’hiver rigoureux, les darwiniens ont su s’adapter au climat tropical. Pendant la « wet season », les habitants préfèrent rester chez eux, sous leurs climatiseurs, à regarder la pluie tomber. C’est l’heure de s’occuper de sa maison et des siens. De temps en temps des éclairs viennent rompre le gris noir du ciel. En revanche quand la « dry season », revient on retrouve tous les darwiniens dehors pour célébrer le soleil permanent si cher aux australiens.

Nous sommes arrivés début avril et avons vécu pleinement la transition de saison. Les premières semaines, il n’y avait pas un chat dans les rues, tous les déplacements se faisaient sous perfusion permanente d’air conditionné (que ce soit en voiture ou en bus), les gestes s’effectuaient lentement avec précision. Les actions étaient mûrement réfléchies. Ce n’est qu’aux alentours de 17h que des coureurs fous et cyclistes intrépides faisaient leur apparition le long de la côte, ainsi que des groupes d’amis partageant un barbecue sur la plage. Le vent était aussi de la partie, timide d’abord, plus franc ensuite, agitant les frangipaniers. Le coucher de soleil de 18h30 terminait à la perfection la journée.

Maintenant, la saison sèche est bien installée et tout le monde se retrouve dehors après le travail. Les festivals s’enchaînent, le Deckchair Cinema donne de nouveau pignon sur rue, le Mindil Sunset Market du jeudi a ré-ouvert et les vendredis musique du Brown’s Mart Theatre sont de retour. En quelques semaines, effervescence et agitation sont devenues les maîtres-mots de Darwin.

La ville et ses 140 000 habitants possèdent, indépendamment des saisons, une douceur et une joie de vivre très agréables au quotidien. Le melting-pot composé d’anciens européens, d’asiatiques nouvellement arrivés, de backpackers en transition et d’aborigènes poussent à la rencontre. Chacun y va de son histoire, raconte ses vacances ou papote de la pluie, du beau temps et des crocodiles. Le regard des autres semble moins important : des tatouages partout, des corps ronds, les filles en jupes et robes colorées, les garçons en short de plage et tee-shirt relax. Il y a des « hey mate » à tous les coins de rue. Cette joyeuse troupe darwinienne se retrouve le week-end au marché pour profiter des stands de cuisine aux saveurs du monde (laksa malaisien, banh mi vietnamiens, pad thaï thaïlandais, burger japonais… Grec, russe, français,… On a même trouvé un stand bangladeshi !). Les marchés sont également l’endroit idéal pour trouver de chouettes souvenirs et des petits cadeaux.


Les mokuis, esprits éternels… Darwin rassemble des aborigènes de plusieurs tribus, des premiers habitants de la région (les Larrakia) à ceux venus en ville pour des raisons économiques ou de santé (principalement d’Arnhem Land, situé à l’est). Toujours en petits groupes, souvent en famille, les aborigènes se regroupent aux pieds des arbres ou sur la plage pour discuter et tromper l’ennui.

Il existe un vrai faussé entre les blancs et les aborigènes. Ces-derniers ne semblent pas avoir leur place dans la société nouvellement créée. Les lois, la façon de vivre européenne, la nourriture, le travail… en très peu de temps, les 40 000 ans de civilisation aborigènes ont été mis aux oubliettes. Et ce n’est pas les signes de la culture aborigène (pancartes, statues, peintures), installés pour la bonne conscience des « colons » (?), qui changent la donne. Comme malheureusement dans ce cas-là, c’est souvent dans l’alcool que les aborigènes ont trouvé un semblant de refuge. De fait, il n’est pas rare d’en croiser seuls en train d’errer dans la rue comme des zombies. Une intégration aigre-douce…

Les moments de communion ponctuels ont lieu lors des grands événements, notamment grâce à la musique, et les premiers à danser sont les aborigènes. Enlevant leurs tongs pour taper du pied à même le sol, ils entament alors une danse rythmée et symbolique, loin des danses sexuées des night clubbers.

Chinute Chinute, une petite chouette grise, ancêtre des Larrakia, regarde tristement ce que son peuple est devenu. Elle continue cependant de se tenir en sentinelle au-dessus du front de mer, à veiller sur les siens.


Et le décor ? Il est à la hauteur des habitants. Darwin est une ville verte avec de nombreux parcs et jardins disséminés çà et là et de vieux arbres conservés en milieu urbain. Darwin est une ville maritime, avec ses eaux claires, ses plages et son port de fret. Darwin est une ville à l’architecture atypique, partagée entre maisons tropicales sur pilotis avec toit en taule (le modèle d’après seconde guerre mondiale) et les immeubles style « station balnéaire / piscine », post cyclone Tracy, quand il a fallu reconstruire rapidement avec des matériaux plus solide. Darwin est une ville dédiée à la voiture,  avec des autoroutes jusqu’au cœur de ville, laissant les modestes piétons de côté. Darwin est une ville à double vitesse où il faut creuser pour trouver une boutique, un café ou un resto sympa.

Darwin est une marmite bouillonnante dans laquelle il est facile de tomber pour peu que l’on s’attarde sur ce qu’elle a à proposer. « Darwin est une ville que l’on adore ou que l’on déteste » d’après une locale pur jus rencontrée en randonnée. On se classe définitivement dans le premier groupe.

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. Azario dit :

    Très beau texte sur Darwin, bien écrit, clair et concis. Vous faites ça à deux mains? Cela étant ça ne me donne pas vraiment envie d’y aller, le climat tropical ne me tente guère… Bonne continuation &bises.😙 à vous deux. DAD.

  2. Mom dit :

    Vous devriez être récompensés par la municipalité !!!! Très joli texte

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