Toi, toi mon toit

Le plus souvent en bois, elles ne s’y trouvent pas forcément. Au bord d’un lac, en haut d’une montagne ou en plein milieu d’une plaine, elles sont toujours un peu perdues, disséminées çà et là, où ne les attend pas, où on ne les attend plus.

Elles, ce sont les huttes. Le terme approprié serait « refuge » mais on lui préférera cette appellation plus chaleureuse. Il y en a plus de 900 réparties sur tout le territoire. Si notre tente-maison nous aura servi dans les campings, en randonnée, c’est à ces cabanes que l’on a dû notre salut.

La hut est plus qu’un abri. C’est une véritable institution ancrée dans la culture locale et dont les kiwis ont développé un savoir-faire hors norme. Elle est aux néo-zélandais ce que le fromage est aux français ; pas question de quitter le pays sans y avoir goûté.

De la plus simple à la plus démesurée, pouvant accueillir de 2 à 80 personnes, elles font toutes preuves d’un aménagement à la fois cosy et ingénieux. Des plans de travail en inox, des tables communes conviviales, des matelas protégés d’une enveloppe synthétique garantis sans bêbêtes, tout est pensé pour assurer au guerrier un repos bien mérité. Et pour certaines, c’est carrément royal : il faut imaginer dans un coin de la salle, un sympathique poêle à bois, pour le marcheur transi de froid.

Alors après 38 nuits passées dans 28 huttes différentes, voici un petit récapitulatif non exhaustif et hautement subjectif.

 

LA PREMIERE – CANNIBAL GORGE HUT

Notre toute première hutte, lors de notre toute première rando en Nouvelle-Zélande. Une ambiance à la Shining, pas un chat dans les environs… Une entrée en matière mémorable.

LA PLUS FROIDE – BREWSTER HUT

En théorie : une rando de 3 heures qui devait nous amener dans une hutte pour passer la nuit tranquillement. En pratique : une première heure de montée bien raide en forêt aux innombrables racines, une seconde heure similaire mais en rajoutant de la pluie, et une dernière heure à découvert, le long de la crête, avec de la pluie transformée en neige. Bien content d’être arrivés vivants, on se découvre le lendemain piégés par une tempête de neige de tous les diables. Réservoir d’eau, chaussures, pantalon… Tout était gelé et ç’a été l’occasion d’expérimenter la cuisine à la neige.

LA PLUS GRANDE – PINNACLES HUT

Une capacité hors norme (80 personnes !) probablement unique en Nouvelle-Zélande. On est clairement ici dans l’hébergement de colonie de vacances avec des hordes de marmots qui courent dans tous les sens, loin de la cabane de chasseur isolée au fond de la forêt. Réservation obligatoire, cela va de soi.

LA PLUS RECONFORTANTE – WHAKAPAPAITI HUT

Pas moins de 5 nuits passées au total, dont 4 d’affilé. Encore une histoire de neige puisqu’après 2 journées de ciel bleu immaculé, un micro changement de saison nous a fait passer de l’été à l’hiver durant la seconde nuit. L’attente était cependant bien plus supportable qu’à Brewster Hut grâce au poêle installé au milieu de la pièce. Deux nuits plus tard, la neige était toujours là et les vivres venant à manquer, il a bien fallu repartir. On y repassera une dernière fois lors d’une autre randonnée.

LA PLUS BELLE VUE – RANGIPO HUT

Une orientation plein est sur le désert de Rangipo pour un panorama peu courant en Nouvelle-Zélande, où les fougères sont souvent reines. Ici, pas un brin de végétation mais de la roche étincelante à perte de vue. « A room with a view » comme on dit ici.


Les huttes sont classées en 3 catégories. Les plus élémentaires, appelées bivy, sont souvent des huttes historiques destinées aux chasseurs d’antan et n’ayant fait l’objet d’aucune rénovation. Leur accès est gratuit et seul le minimum syndical est assuré : un toit, des murs et des lits superposés brinquebalants. Les standard coûtent elles 5$ la nuit. Elles accueillent généralement entre 6 et 10 personnes et sont de taille modeste, où le dortoir et la salle commune ne font qu’un. Enfin, les serviced coûtent 15$ la nuit et font preuve d’un standing assez élevé. Les dortoirs ont des pièces dédiées et les plans de travail sont suffisamment grands pour permettre à tout à chacun de cuisiner ses recettes de rando en toute tranquillité. Certaines disposent même d’éviers avec robinets directement connectés au réservoir d’eau de pluie, ou de locaux pour stocker le bois. On peut s’y retrouver entre 12 et 30 personnes.

Le paiement s’effectue par tickets, qui s’achètent auprès des agences du DOC (le Département de la Conservation). Un ticket vaut 5$ et pour les nuits en hutte serviced, il faudra donc déposer 3 tickets dans la boîte à l’entrée. Un système basé sur la confiance et l’honnêteté des personnes. Limpide en Nouvelle-Zélande, impensable en France. Et pour les fous de rando, on peut acheter un pass qui donne accès à la totalité des huttes (sauf celles nécessitant une réservation). A 120$ pour celui valable un an (90$ pour celui de 6 mois), autant dire qu’on a vite fait de se procurer ce précieux sésame qui nous a sauvé la mise plus d’une fois.

Il y a également les « Great Walk Hut », ces huttes implantées sur les 9 grandes randonnées touristiques du pays, aménagées pour accueillir un maximum de personnes dans un confort absolu. Electricité, gaz, toilettes, présence d’un ranger pour accueillir les marcheurs… On y retrouve tous les équipements modernes. Evidemment, qui dit luxe dit sélection. En saison touristique, il faut réserver ses nuits (parfois un an à l’avance) et sortir le chéquier. Pour les plus prisées, il faut compter environ 120$ la nuit. Pour les autres, on se situe autour des 70$. A ce sujet, le DOC a introduit depuis fin 2018 une différenciation entre les touristes et les locaux, ces derniers ne devant payer que la moitié du tarif. Une façon de redonner à César ce qui appartient à César, beaucoup de kiwis regrettant de ne pas pouvoir accéder aux randonnées de leur propre pays…


LA PLUS PERCHÉE – MUELLER HUT

Pas de nuit passée ici (réservations complètes…) mais un pique-nique digne des meilleures vacances au ski, avec une hutte implantée à 1800 mètres de haut et dont la terrasse rivalise avec les restaurants de montagne de chez nous. Déplacée et rénovée plusieurs fois durant les dernières décennies, elle semble enfin avoir trouvé sa place pour contempler le mont Cook au loin.

LA PLUS SOPHISTIQUÉE – WAIHOHONU HUT

L’ « hôtel » comme la surnomme les locaux. Un vrai chalet de montagne qui fait partie de la catégorie des Great Walk Hut, avec 2 immenses baies vitrées qui donnent sur Ngauruhoe. On a eu la chance d’y passer une nuit, trois jours avant le début de la saison touristique.

LA PLUS ANIMÉE – GREENSTONE HUT

Ou comment faire rentrer plus de 30 personnes dans une hutte censée en accueillir 20. La faute à un groupe d’une quinzaine de quinquagénaires femmes arrivées en fin de journée alors que la hutte était déjà bien remplie. Beaucoup d’agitation donc, l’anglo-saxonne n’étant pas particulièrement réputée pour son mutisme.

Ce titre aurait aussi pu être décerné à Whakapaiti Hut ou Holly Hut, où notre solitude s’est vue brisée par des groupes scolaires composés de mini kiwis venus s’initier aux joies du tramping.


Dans chaque hutte se trouve un logbook. Quiconque passe dans la hutte, que ce soit le temps d’un midi ou pour une nuit, est invité à inscrire son nom, la date de son passage, le nombre de nuits restées, ses intentions ainsi que la météo du jour. En cas de problème, ces carnets permettent aux rangers d’en savoir un peu plus sur le contexte de l’accident et peuvent ainsi faciliter les recherches.

Dans l’ensemble, ces livres sacrés sont respectés. Si on peut y lire ponctuellement des annotations ou commentaires haineux (inévitables), on y retrouve souvent des dessins dans les marges ou des commentaires humoristiques. Au-delà de la fonction sécuritaire, c’est toujours intéressant et divertissant de regarder combien de personnes sont passées par là, dans quelles conditions etc.

Lors d’une randonnée dans le parc de Tongariro, un couple effectuait le même trajet que nous avec un jour de décalage. Le tracé faisant qu’il faut revenir sur ses pas le temps d’une heure, on a pu les croiser et sympathiser. Les carnets de bord sont ainsi devenus pour nous l’occasion de leur laisser des commentaires qu’ils lisaient 24h plus tard. On a également eu la surprise de tomber sur les notes d’une amie qui était venue quelques mois plus tôt.

Ces logbooks sont donc intimement liés à la hutte ; et tous ceux qui y transitent se retrouvent ainsi connectés par ces feuilles de papier aux pouvoirs insoupçonnés.


LA PLUS COSMOPOLITE – POUAKAI HUT

Célèbre pour sa proximité avec les marécages qui reflètent superbement le mont Taranaki, on s’y est retrouvé avec Paul l’irlandais, Sven le suisse et Kevin le franco-belge aux traits asiatiques. Idéal pour un atelier de découpage de petit bois ou pour des parties de cartes où les points se comptent avec des pistaches. Pour l’histoire, c’est ici que nous avons passé notre dernière nuit en hutte…

LA PLUS MAORI – TIEKE KAINGA

Implantée au bord de la Whanganui River, cette hutte est particulière puisqu’elle se trouve sur des terres Maoris, à côté d’un marae, lieu de célébration. Les familles s’y retrouvent parfois et invitent à l’occasion les randonneurs à participer aux cérémonies. En ce qui nous concerne, nous étions seuls avec notre ami japonais, à converser sur le sudoku et les pokemons. A chacun son dépaysement.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Mom dit :

    Lire tout cela au chaud et dans le confort c’est parfait….

Répondre à Mom Annuler la réponse.